Dans les quartiers sensibles toulousains, où la tension est montée d'un cran depuis peu, il suffit d'un rien pour que la situation dégénère. Hier, vers 15 heures, au bout de la rue de Kiev, près de la place Abbal et du lac de la Reynerie, des CRS ont voulu contrôler un automobiliste. Celui-ci a enclenché la marche arrière, pied au plancher, et il a renversé deux policiers en s'enfuyant. Les autres CRS ont ouvert le feu à plusieurs reprises en direction de la voiture, une vieille Polo blanche, retrouvée abandonnée, vide, sans trace de sang, un peu plus tard, à deux pas, rue Babinet.
Les deux CRS, touchés aux bras et aux jambes, ne sont heureusement que légèrement blessés. Ils ont été évacués par les pompiers vers l'hôpital Rangueil. Pendant ce temps, la rue de Kiev, côté place Abbal, a été bouclée. Une présence policière massive qui a dissuadé tout caillassage. Quand on voit qu'une balle a brisé la lunette arrière de la voiture, on peut dire qu'on est passé à deux doigts d'une violente réaction des cités.
La scène s'est déroulée sous les yeux de nombreux habitants. « J'ai vu un policier se faire renverser, ça m'a choquée, témoigne une riveraine. Les CRS se sont mis autour pour le protéger. Des jeunes les insultaient. Ne pas s'arrêter et foncer sur un policier, c'est grave. Les habitants en ont ras-le-bol. On aspire à vivre dans la tranquillité. ça devient dangereux. Depuis plusieurs jours, on sent que c'est tendu. »
Les incidents se sont effectivement multipliés depuis deux à trois semaines avec deux points noirs, la dalle Maurois, à Bellefontaine, et la rue de Kiev, à la Reynerie. Voiture volée, rodéo, incendie, caillassage... le scénario est immuable. « À l'approche des vacances de la Toussaint, les gamins sont fébriles, insolents. Dès le début des vacances, on a eu une reprise des incidents », note un policier pour qui les troubles viennent des plus jeunes : « des gamins de 10 à 14 ans incontrôlables en bande et qui n'écoutent même pas leurs grands frères. » La semaine dernière, trois intrusions au collège de Bellefontaine ont déclenché une protestation des profs.
La reconquête du territoire par les policiers de quartier, si elle est bien vue des habitants, provoque régulièrement des gestes d'hostilité. « Les jets de projectiles et les voitures brûlées n'ont pas cessé. Pour l'instant, les Unités de quartiers ne sont pas concluantes. Les policiers sont toujours en première ligne face à une violence banalisée », juge Didier Martinez pour l'Unsa police.
L'équilibre est précaire. Hier soir, comme mardi, un important dispositif de prévention a été mis en place. Des policiers de quartier patrouillent, à pied, au bas des immeubles où ils parlent avec les jeunes. A distance, en cas de pépin, se tiennent les CRS.