Fusil à canon scié ou à pompe, revolver ou réplique d'un fusil d'assaut..., ça sent la poudre dans les cités. Les armes ont désormais la parole dans les quartiers sensibles de la ville. Depuis un mois des coups de feu résonnent devant les barres d'immeuble de La Faourette, Bellefontaine ou Reynerie. Inquiétants et récurrents, ces incidents d'un genre nouveau ont franchi un degré de violence jamais atteint jusqu'ici. Fait rare : ces affrontements armés entre jeunes de cités, La Faourette contre Bagatelle, Reynerie contre Bellefonatine, ont fait deux blessés dans la nuit de mercredi à jeudi. Deux hommes d'environ 25 ans ont été évacués à l'hôpital Purpan touchés par des impacts de plomb passage Pergaud, à Bellefontaine. Des blessures légères mais qui traduisent la montée en gamme d'une délinquance armée et outillée qui n'hésite plus à dégainer pour défendre un bout de territoire, régler des comptes ou venger un frère d'arme. Le mobile ? « Des querelles interquartiers liées à des histoires futiles », avance un enquêteur. Un scooter volé dans une cité par une bande suffit désormais à provoquer la fureur vengeresse d'un clan ennemi. Hier encore, peu avant 1 heure, des tirs en rafale à Bellefontaine ont suscité colère et inquiétudes de la part de nombreux habitants. « J'ai entendu plusieurs coups de feu à répétition. Je suis sorti sur mon balcon et j'ai vu des individus dans une voiture rouge se faire tirer dessus », raconte un habitant de Pergaud, à Bellefontaine. D'autres parlent « d'éclats lumineux à travers les fenêtres », des scènes dignes « de Chicago. » Plus d'une dizaine d'impacts de plomb sont retrouvés sur des murs et des entrées d'immeuble. Des voitures en stationnement sont également touchées. Au 5e étage d'un bâtiment, toujours passage Pergaud, deux hommes sont retrouvés allongés, blessés par des tirs de calibre 22. Pour la première fois, des affrontements entre gangs font deux victimes. Des heurts sanglants sur fond de trafic de drogue ? Une hypothèse envisagée. Ces tensions exacerbées sont peut-être aussi la conséquence des derniers coups de filet dans les quartiers où les saisies de drogue, notamment à Bagatelle, réalisées par les différents services d'enquêtes, ont porté un rude coup à l'économie souterraine. Hier matin, les habitants de Bellefontaine tiraillés entre éc½urement et colère osent briser la loi du silence. « Ça fait 39 ans que j'habite ici, jamais je n'avais connu une telle situation », résume, dépitée une locataire. « Quand j'ai entendu les tirs, mes enfants se sont réveillés. J'ai évité qu'ils mettent le nez à la fenêtre de peur qu'ils soient touchés par une balle perdue », raconte un père de famille. Frédéric Abéla